Décembre
2005
Peu
habitué à l’attention médiatique
et politique dont il est l’objet depuis les «
événements » d’Andijan survenus
en mai 2005, l’Ouzbékistan fait face à
une relative désaffection des touristes et à
l’ostracisme de la communauté internationale
(à l’exception de la Russie et de la Chine).
Sans que sa population y gagne pourtant en liberté.
Loin de se laisser fléchir, le président
Islam Karimov réagit en effet par la fermeture
et l'isolement.…
Les
13 et 14 mai 2005, à Andijan, dans la vallée
du Ferghana, une série de manifestations de soutien
à 23 entrepreneurs hâtivement accusés
par Tachkent d’appartenir à des mouvements
islamistes s’est muée en insurrection armée.
Suite à la libération de plus de 2 000 prisonniers
par la foule, les forces de l’ordre ont ouvert le
feu tous azimuts, faisant, selon les autorités
ouzbèkes, 187 morts (dont 79 « terroristes
» et 31 membres des forces gouvernementales), et
selon différentes ONG, entre 500 et 1 000 victimes
(principalement des civils désarmés). Sourd
aux pressions de Washington, de l’ONU et de l’Union
européenne, le président ouzbek Islam Karimov,
bénéficiant du soutien diplomatique de Moscou
et de Pékin qui accréditent le complot islamiste,
a refusé toute enquête internationale visant
à établir la vérité sur les
« événements ». Fort de son
alliance passée avec les Etats-Unis et la Russie
contre l’« ennemi » commun fondamentaliste,
il se borne à invoquer la lutte contre le terrorisme
en guise de parade.

Peu convaincant (les Etats-Unis ne voulaient
pas pour autant risquer de voir leur présence en
Asie Centrale remise en question, ce qui était
un vain espoir), l’ostracisme exercé par
la communauté internationale promettait de ne pas
sérieusement inquiéter le régime
autoritaire. Il inquiète en revanche davantage
les Ouzbeks. C’est que, à Tachkent, la capitale,
mais aussi dans les villes phares de la route de la soie
(Boukhara, Samarkand, Khiva), les touristes se font rares
désormais. Et la chaleur estivale n’est pas
seule en cause. Si les taxis, les hôtels et les
petits marchands des bazars pâtissent de la sensible
désaffection pour le pays, cela procède
également du précédent que constitue
le départ du personnel des ambassades américaine
et israélienne. Les sévères mises
en garde aux voyageurs de la part des consulats et les
multiples appels à la prudence face à un
extrémisme musulman aujourd’hui peu probant
(mais scrupuleusement entretenu par les mesures sécuritaires
du régime), achèvent de décourager
les curieux.